Dans le cadre de la 4e édition du Forum International du Cadre de Vie (FIC 2026), organisée à Cotonou du 8 au 10 octobre autour du thème « Économie des territoires africains : transition vers une sobriété carbone », les débats sur l’avenir énergétique du continent ont pris une tournure stratégique ce jeudi. Intervenant lors du panel « Afrique : faut-il sortir des énergies fossiles avant d’avoir achevé notre industrialisation ? », Éric Amoussouga, ex-CEO de GE Vernova Afrique francophone et figure du secteur des infrastructures énergétiques, a livré un plaidoyer pédagogique et pragmatique sur le lien entre énergie et industrialisation.
Fort de 25 années d’expérience dans l’ingénierie énergétique, Éric Amoussouga écarte le faux dilemme opposant énergies fossiles et renouvelables. Selon lui, la question n’est pas de choisir entre les deux, mais de les articuler dans le temps.
« Le renouvelable va jouer un rôle essentiel, la transition énergétique est importante, mais l’Afrique doit aussi s’industrialiser et pour cela, il faut un socle de production stable. C’est ce rôle que joue le gaz », a fait savoir l’expert.
Pour faire comprendre au public les contraintes techniques qui régissent les réseaux électriques, il s’est appuyé sur une illustration particulièrement parlante.
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« Imaginez que le réseau électrique est un orchestre qui doit tenir exactement le même tempo (50 battements par seconde, c’est la fréquence). Quand un nuage passe sur un parc solaire, un instrument s’arrête net : il faut que d’autres machines reprennent la mesure en quelques secondes. Ce relais est assuré par les machines pilotables, le gaz ou l’hydraulique. C’est ce socle qui stabilise le réseau électrique », a expliqué Éric Amoussouga.
Réseau haute tension et GDIZ : le séquencement des énergies
Cette stabilité de la fréquence est d’autant plus précieuse pour accompagner les grands pôles industriels émergents du Bénin, à l’image de la Zone Industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ), dont les usines de transformation fonctionnent en continu et exigent une électricité abondante, fiable et compétitive.
« Au-delà des centrales, un maillon souvent méconnu du grand public est tout aussi décisif : le réseau de transport, les lignes haute tension et les postes. C’est lui qui consolide un système électrique et qui élargit sa capacité d’accueil du renouvelable. Avec un socle stable (le gaz, les grands barrages hydroélectriques) et un réseau solide, on peut ajouter toujours plus de solaire. Les deux énergies ne s’opposent pas : il faut simplement réussir à les séquencer dans le temps », a-t-il détaillé.
L’énergie, moteur d’industrialisation et opportunité régionale
Pour conclure, l’expert a replacé l’enjeu dans une perspective régionale.
« Le séquencement des énergies et le renforcement du réseau sont le chemin par lequel un pays consolide progressivement son autonomie énergétique. C’est vrai pour le Bénin comme pour ses voisins avec, à terme, des opportunités d’échanges d’électricité dans le cadre du marché régional ouest-africain, dont le siège se trouve justement à Cotonou. L’énergie n’est pas seulement un intrant de l’industrialisation : bien planifiée, elle peut devenir une véritable ressource pour un pays », a conclu l’ex-CEO de GE Vernova Afrique francophone.
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