C’est par un acte refondateur de la profession comptable sous-régionale que se sont achevées, jeudi 22 octobre 2026 à Cotonou, les assises du 8e Congrès des Ordres des Experts-Comptables et Comptables Agréés de l’UEMOA. Réunis durant deux jours autour du thème « L’Expert-Comptable, garant de la transparence et de la souveraineté financière dans l’espace UEMOA », plus de 350 professionnels du chiffre, hauts dirigeants institutionnels et experts internationaux ont tracé les contours d’une mutation historique.
Au terme des travaux, la présentation de la synthèse stratégique par le président du Comité Scientifique, Charles Kouphin, couplée à la proclamation officielle de la Déclaration de Cotonou 2026 par le président du Conseil de l’OECCA-Bénin, Serge Mensah, marque le passage définitif du professionnel du chiffre du rôle de technicien à celui d’architecte institutionnel de la souveraineté économique des États de l’Union.
Restituant les conclusions des quatre panels stratégiques du congrès, le président du Comité Scientifique, Charles Kouphin, a réaffirmé le lien consubstantiel entre la certitude comptable et la capacité d’autonomie financière des gouvernements régionaux face aux marchés mondiaux.
« Nous ne sommes plus de simples techniciens du chiffre ; nous sommes désormais les architectes institutionnels de la souveraineté financière de notre espace communautaire… La fiabilité comptable est le fondement inaliénable de la souveraineté financière. Dans un sous-continent en pleine mutation économique, sans comptes sincères et vérifiables, il n’y a point de ressources fiscales durablement mobilisables, point de dette publique maîtrisée, et point de confiance des marchés. Les faiblesses comptables ne sont jamais de simples imperfections administratives ou techniques ; elles se paient immédiatement en coût de financement renchéri, en crédibilité entamée et en marges de manœuvre confisquées pour l’action publique », a-t-il fait savoir.
Parmi les arbitrages majeurs issus des travaux scientifiques figure la mise au point d’un dialogue permanent entre la profession et les juridictions financières régionales, l’instauration d’une consultation obligatoire du Conseil Permanent de la Profession Comptable (CPPC) avant toute adoption de textes fiscaux dans l’UEMOA, ainsi que l’asservissement strict des technologies émergentes (IA, Blockchain) à l’éthique de l’auditeur. « L’IA peut industrialiser le contrôle, elle ne peut pas industrialiser la confiance », a rappelé Charles Kouphin.
La Déclaration de Cotonou 2026 : sept engagements solennels pour l’action
Portant la voix unifiée des professionnels des huit pays membres de l’Union, le président de l’OECCA-Bénin, Serge Mensah, a procédé à la lecture solennelle de la Déclaration de Cotonou 2026. Ce manifeste engage la corporation autour de sept piliers cardinaux à savoir : la fiabilité de l’information financière, le renforcement de la gouvernance publique, l’indépendance de la profession, l’intensification de la lutte contre les flux financiers illicites (qui privent l’Afrique de 88,6 milliards de dollars par an), la maîtrise éthique du numérique, l’intégration des normes ESG/ISSB et la consolidation de la coopération inter-Ordres.
Proclamant l’engagement collectif des congressistes, Serge Mensah a martelé l’ambition commune retenue à Cotonou.
« Nous, professionnels de l’expertise comptable de l’espace UEMOA… affirmons notre volonté commune de faire de la profession comptable un acteur majeur de la confiance, de la transparence, de la bonne gouvernance et de la souveraineté financière dans l’espace UEMOA. Nous appelons les Ordres professionnels, les institutions communautaires, les pouvoirs publics et l’ensemble de nos partenaires à conjuguer leurs efforts pour traduire ces engagements en actions concrètes, durables et mesurables », a-t-il laissé entendre avant de souhaiter que le congrès 2026 marque une nouvelle étape dans la construction d’une profession comptable communautaire unie, responsable, innovante et résolument tournée vers l’avenir.
Afin de garantir l’application effective de ces résolutions dès 2027, la feuille de route adoptée impose notamment un socle de formation continue obligatoire de 40 heures par an sur l’IA, la LBC/FT et l’ESG, ainsi que la dotation de chaque cabinet de la région d’un Kit Pratique Anti-Fraude.
Faut-il le préciser, un panel spécial ayant pour thème : “Leadership professionnel, dynamique d’intégration et perspectives régionales” a marqué les 20 ans de l’OECCA-Bénin. Au cours des échanges, les anciens présidents et représentants institutionnels ont salué deux décennies de leadership professionnel et de coopération sous-régionale, positionnant la profession comptable comme un pilier irremplaçable de l’avenir économique de l’Afrique de l’Ouest.
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