L’écrivain congolais Armel Saint-Silvère Dongou met sur les rayons des bibliothèques et librairies de deux nouveaux romans : Le Fleuve de nos mensonges, publié aux Éditions UPWAY, et Le Revers des réseaux sociaux, paru chez L’Harmattan-Paris.
À travers ces deux œuvres, l’auteur explore des univers différents, mais liés par une même attention portée à la condition humaine. Le premier roman plonge le lecteur dans une histoire marquée par l’amour, le sacrifice, la trahison et la résilience, entre Kinshasa et Brazzaville. Le second interroge l’influence des réseaux sociaux sur les relations humaines, la confiance, l’intimité et la perception de la réalité.
Dans cette interview, l’auteur nous plonge dans l’univers de ces deux romans.
Question : Vous publiez deux romans à l’occasion de cette rentrée littéraire de cette année. Que représentent ces deux ouvrages dans votre parcours d’écrivain ?
Armel Saint-Silvère Dongou :
Ces deux romans représentent deux étapes importantes dans mon parcours littéraire. Ils abordent des sujets différents, mais ils sont portés par une même volonté : observer le monde, raconter les réalités humaines et interroger les transformations de la société.
Le Fleuve de nos mensonges s’inscrit davantage dans une réflexion autour de la mémoire, de l’amour, de la trahison et de la capacité à se reconstruire après les épreuves. Le Revers des réseaux sociaux, quant à lui, s’intéresse aux bouleversements provoqués par le numérique dans nos vies personnelles et collectives.
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Ces deux livres proposent donc deux regards complémentaires sur la condition humaine. L’un explore les blessures intimes et les liens entre les individus, tandis que l’autre examine les effets d’un environnement technologique qui transforme profondément nos comportements et nos relations.
Question : Pourquoi avoir choisi de publier deux romans en même temps ?
Armel Saint-Silvère Dongou :
La publication simultanée de ces deux ouvrages permet de montrer la diversité des préoccupations qui traversent mon écriture.
Un écrivain peut s’intéresser à la mémoire, aux sentiments et aux destins individuels tout en réfléchissant aux mutations technologiques et sociales de son époque. Ces deux dimensions ne sont pas contradictoires. Elles se complètent.
L’être humain reste au centre des deux romans. Dans le premier, il est confronté à ses souvenirs, à ses choix et aux conséquences de ses actes. Dans le second, il évolue dans un monde marqué par les écrans, les apparences et la circulation permanente des contenus.
Commençons par Le Fleuve de nos mensonges. Dans quel univers le lecteur est-il plongé ?
Armel Saint-Silvère Dongou :
Le roman se déroule entre Kinshasa et Brazzaville, deux capitales séparées par le fleuve Congo, mais unies par une histoire, une culture et des imaginaires communs.
Cet espace géographique possède une forte dimension symbolique. Le fleuve est à la fois une frontière et un lien. Il sépare les deux villes, mais il rapproche aussi les peuples, les histoires et les sensibilités.
À travers le destin d’une femme confrontée à des épreuves importantes, le roman explore l’amour, la dignité, les blessures, les rêves et les choix personnels. Les personnages doivent faire face aux conséquences de leurs décisions et aux secrets qui influencent leurs trajectoires.
Pourquoi avoir choisi le fleuve Congo comme élément central du récit ?
Armel Saint-Silvère Dongou :
Le fleuve Congo est bien plus qu’un décor. Il constitue un personnage symbolique du roman.
Il représente la séparation, mais aussi la continuité. Il est traversé par les souvenirs, les espoirs, les silences et les drames humains. Il relie Kinshasa et Brazzaville tout en rappelant la complexité des histoires individuelles et collectives.
Le fleuve accompagne les rapprochements comme les séparations. Il devient le témoin silencieux des événements et des choix des personnages. À travers lui, le roman interroge les liens invisibles qui unissent les deux rives.
Le titre Le Fleuve de nos mensonges suggère une relation particulière entre la géographie et la vérité. Quelle est sa signification ?
Armel Saint-Silvère Dongou :
Le titre renvoie aux non-dits, aux secrets et aux vérités que les personnages tentent parfois de dissimuler ou de contourner.
Le fleuve devient le dépositaire de ces mensonges. Il porte les histoires que l’on ne veut pas toujours raconter, les blessures que l’on cherche à cacher et les décisions dont on mesure parfois trop tard les conséquences.
Mais le mensonge n’est pas seulement une faute individuelle. Il peut aussi être lié à la peur, à la souffrance, à la volonté de protéger quelqu’un ou à l’impossibilité de faire face à une vérité douloureuse.
Le roman explore donc les différentes dimensions du mensonge et ses effets sur l’amour, la confiance et les relations humaines.
La résilience occupe une place importante dans ce roman. Comment se manifeste-t-elle ?
Armel Saint-Silvère Dongou :
La résilience se manifeste dans la capacité des personnages à continuer d’avancer malgré les épreuves.
Le roman montre que les blessures ne disparaissent pas toujours, mais qu’il est possible d’apprendre à vivre avec elles, de les comprendre et de les dépasser. La reconstruction est un processus long, parfois fragile, mais elle permet de retrouver une forme de dignité et d’espérance.
La femme au cœur du récit porte cette dimension de résilience. Son parcours est marqué par les épreuves, mais elle ne se réduit jamais à ce qu’elle a subi. Elle conserve la capacité de choisir, de se relever et de se projeter vers l’avenir.
L’amour et la trahison semblent occuper une place centrale dans Le Fleuve de nos mensonges. Pourquoi ces thèmes vous intéressent-ils ?
Armel Saint-Silvère Dongou :
L’amour et la trahison sont des expériences profondément humaines. Ils peuvent transformer une existence, modifier les relations et obliger chacun à se confronter à ses propres choix.
L’amour crée des liens, mais il peut aussi révéler les fragilités et les contradictions des individus. La trahison, quant à elle, remet en question la confiance et oblige à repenser la relation à l’autre.
À travers ces thèmes, le roman s’intéresse moins aux événements eux-mêmes qu’à leurs conséquences sur les personnages. Il examine la manière dont chacun réagit à la perte, au doute, au silence et à la possibilité du pardon.
Votre second roman, Le Revers des réseaux sociaux, change d’univers. Pourquoi vous intéresser à la société numérique ?
Armel Saint-Silvère Dongou :
Les réseaux sociaux occupent désormais une place centrale dans notre manière de communiquer, de nous informer et de nous représenter.
Ils permettent de maintenir des liens, de prendre la parole et d’accéder rapidement à de nombreux contenus. Mais ils peuvent également favoriser la manipulation, l’illusion, la comparaison permanente et la fragmentation des relations humaines.
Il m’a semblé important d’interroger ce phénomène à travers la littérature. Le roman permet d’examiner les comportements, les contradictions et les conséquences humaines de cette transformation numérique.
Quel est précisément le « revers » évoqué dans le titre ?
Armel Saint-Silvère Dongou :
Le revers des réseaux sociaux correspond à tout ce qui se dissimule derrière leur apparente capacité à rapprocher les individus.
Ces plateformes peuvent créer une illusion de proximité, alors même que les relations deviennent parfois plus superficielles ou plus fragiles. Elles peuvent donner l’impression d’une grande liberté d’expression, tout en exposant les utilisateurs à la manipulation, au jugement permanent et à la pression sociale.
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Le revers concerne aussi la circulation des apparences. Chacun peut construire une image de soi qui ne correspond pas nécessairement à la réalité. Derrière les publications, les photographies et les messages, il existe souvent des tensions, des solitudes et des incertitudes que l’on ne voit pas.
Les réseaux sociaux rapprochent-ils réellement les individus ?
Armel Saint-Silvère Dongou :
Ils peuvent rapprocher les individus, notamment en facilitant les échanges à distance et en permettant de maintenir des relations qui seraient autrement difficiles à préserver.
Mais la connexion numérique ne garantit pas toujours une véritable proximité humaine. On peut être constamment entouré de messages et de notifications tout en ressentant une forme d’isolement.
Les réseaux sociaux modifient également notre rapport au temps, à l’attention et à la disponibilité. Ils imposent un rythme permanent et peuvent rendre plus difficile la construction de relations profondes, fondées sur l’écoute et la confiance.
La question n’est donc pas de savoir si les réseaux sociaux sont bons ou mauvais en eux-mêmes. Il faut plutôt comprendre la manière dont nous les utilisons et les effets qu’ils produisent sur nos comportements.
Quelle place accordez-vous aux apparences dans Le Revers des réseaux sociaux ?
Armel Saint-Silvère Dongou :
Les apparences jouent un rôle important dans l’univers numérique. Les réseaux sociaux encouragent souvent la mise en scène de soi et la présentation d’une vie maîtrisée, attractive et constamment réussie.
Cette image peut être très éloignée de la réalité. Les utilisateurs sont alors conduits à comparer leur vie quotidienne à des représentations sélectionnées et embellies.
Le roman invite à réfléchir à cette tension entre ce qui est montré et ce qui est vécu. Il questionne les conséquences de cette distance sur la confiance, l’estime de soi et les relations avec les autres.
Les réseaux sociaux influencent-ils notre perception de la réalité ?
Armel Saint-Silvère Dongou :
Oui, ils influencent fortement notre perception de la réalité. Les contenus auxquels nous sommes exposés sont sélectionnés, partagés et parfois amplifiés par des mécanismes que nous ne maîtrisons pas toujours.
Cette circulation permanente peut donner l’impression que certains événements sont plus importants qu’ils ne le sont réellement. Elle peut aussi créer des phénomènes de polarisation, de rumeur ou de manipulation.
Le risque est de confondre la visibilité avec la vérité. Un contenu très partagé n’est pas nécessairement exact, et une opinion largement diffusée ne constitue pas automatiquement une réalité.
La littérature permet de prendre du recul sur ces mécanismes et de montrer leurs effets sur les individus.
Ces deux romans sont très différents. Qu’est-ce qui les rapproche ?
Armel Saint-Silvère Dongou :
Ils sont réunis par une même attention portée à l’être humain.
Dans Le Fleuve de nos mensonges, cette attention s’exprime à travers la mémoire, les sentiments, les blessures et la résilience. Dans Le Revers des réseaux sociaux, elle se manifeste à travers les bouleversements provoqués par le numérique dans les comportements et les relations.
Dans les deux cas, je cherche à comprendre ce qui se joue derrière les apparences. Qu’il s’agisse d’un secret, d’une trahison ou d’une identité construite sur Internet, les personnages sont confrontés à la question de la vérité et à la nécessité de se connaître eux-mêmes.
Peut-on dire que ces deux livres parlent de la vérité ?
Armel Saint-Silvère Dongou : Oui, chacun à sa manière.
Dans Le Fleuve de nos mensonges, la vérité est liée à la mémoire, aux secrets et aux conséquences des non-dits. Les personnages doivent affronter ce qu’ils ont voulu dissimuler ou oublier.
Dans Le Revers des réseaux sociaux, la vérité est confrontée aux apparences, aux contenus manipulés et aux identités numériques. Le lecteur est invité à s’interroger sur ce qu’il voit et sur ce qu’il croit.
La vérité est une question littéraire, mais également une question sociale. Elle concerne notre capacité à comprendre l’autre, à reconnaître nos responsabilités et à résister aux illusions.
Quelle place la mémoire occupe-t-elle dans votre écriture ?
Armel Saint-Silvère Dongou :
La mémoire permet de comprendre les trajectoires individuelles et collectives. Elle conserve les événements, mais elle les transforme aussi.
Dans Le Fleuve de nos mensonges, elle est liée aux souvenirs, aux blessures et aux expériences qui continuent d’influencer les personnages. Le passé n’est jamais complètement séparé du présent. Il revient à travers les silences, les comportements et les décisions.
La mémoire peut être douloureuse, mais elle peut également contribuer à la reconstruction. Elle permet de donner un sens à ce qui a été vécu et d’envisager autrement l’avenir.
L’écriture est-elle pour vous un moyen de transmettre une expérience ou de questionner la société ?
Armel Saint-Silvère Dongou :
Elle est les deux à la fois.
Écrire, c’est transmettre des histoires, des émotions et des expériences. Mais c’est aussi interroger les comportements, les valeurs et les transformations de la société.
La littérature ne donne pas toujours des réponses définitives. Elle ouvre plutôt un espace de réflexion et de dialogue. Elle permet au lecteur de se reconnaître dans une situation, de comprendre un personnage ou de regarder autrement une réalité familière.
À travers mes romans, je souhaite raconter des histoires qui parlent aux lecteurs tout en les invitant à réfléchir aux questions de leur époque.
Vos deux romans présentent-ils une dimension particulière liée à l’espace congolais ?
Armel Saint-Silvère Dongou :
Le contexte congolais occupe une place importante, notamment dans Le Fleuve de nos mensonges, qui se déroule entre Kinshasa et Brazzaville.
Ces deux villes possèdent une relation particulière. Elles sont séparées par le fleuve, mais elles partagent une histoire, des langues, des pratiques culturelles et des imaginaires communs.
Cependant, les thèmes abordés dans les deux romans dépassent le seul cadre géographique congolais. L’amour, la trahison, la mémoire, la solitude, la quête de vérité et l’influence du numérique sont des expériences qui peuvent être comprises bien au-delà des deux rives du fleuve Congo.
Que souhaitez-vous que le lecteur retienne de Le Fleuve de nos mensonges ?
Armel Saint-Silvère Dongou :
Je souhaite que le lecteur retienne la force de la résilience et l’importance de la vérité dans les relations humaines.
Le roman montre que les choix individuels ont des conséquences et que les blessures non reconnues peuvent continuer à influencer les destins.
Mais il rappelle également que l’être humain possède une capacité de reconstruction. Même après la trahison, la perte ou la souffrance, il est possible de retrouver une forme de dignité et d’espérance.
Et que souhaitez-vous provoquer chez le lecteur de Le Revers des réseaux sociaux ?
Armel Saint-Silvère Dongou :
Je souhaite l’amener à porter un regard plus critique sur ses propres usages du numérique.
Les réseaux sociaux font désormais partie de notre quotidien. Il ne s’agit pas de les rejeter, mais de comprendre leur influence et d’identifier leurs effets sur nos relations, notre intimité et notre perception du monde.
Le lecteur peut se demander ce qu’il montre, ce qu’il cache, ce qu’il croit et ce qu’il partage. Il peut également réfléchir à la place qu’il accorde aux écrans dans ses relations avec les autres.
Le roman invite finalement à retrouver une forme de liberté face aux apparences et aux mécanismes numériques.
Quel rôle la littérature peut-elle jouer dans une société en pleine mutation ?
Armel Saint-Silvère Dongou :
La littérature permet de ralentir et de regarder autrement les transformations du monde.
Dans une époque marquée par la vitesse de l’information et la multiplication des contenus, le roman offre un espace de profondeur. Il permet de suivre des trajectoires, de comprendre des contradictions et d’explorer les conséquences humaines des changements sociaux.
La littérature donne également une voix à des expériences qui ne trouvent pas toujours leur place dans le débat public. Elle crée un dialogue entre les générations, les milieux et les sensibilités.
Elle peut donc contribuer à mieux comprendre la société, sans prétendre la réduire à des réponses simples.
Quel lien établissez-vous entre votre travail d’écrivain et votre parcours professionnel ?
Armel Saint-Silvère Dongou :
Mon travail d’écrivain s’inscrit dans une démarche d’observation et de compréhension du monde.
Mon parcours professionnel m’a conduit à m’intéresser aux sociétés, aux institutions, aux transformations économiques et aux comportements humains. L’écriture me permet d’explorer ces réalités sous un autre angle, à travers des personnages, des histoires et des émotions.
L’analyse et la littérature ne répondent pas aux mêmes exigences, mais elles peuvent se compléter. L’une cherche à comprendre les mécanismes, l’autre donne à voir leur dimension humaine.
En définitive, que représentent ces deux nouveaux romans ?
Armel Saint-Silvère Dongou :
Ces deux romans représentent une invitation à regarder notre époque avec attention.
Le Fleuve de nos mensonges rappelle que les destins humains sont marqués par la mémoire, les choix, les blessures et la capacité à se reconstruire. Le Revers des réseaux sociaux montre que les technologies transforment notre rapport aux autres, à nous-mêmes et à la réalité.
À travers ces deux livres, je souhaite proposer une littérature attentive aux expériences humaines et aux mutations de la société.
L’écriture reste pour moi un acte de transmission, mais aussi un acte de questionnement. Elle permet de raconter le monde, de mettre en lumière ses tensions et d’ouvrir un espace de réflexion sur ce que nous devenons.
À propos des deux romans et de l’auteur
Le Fleuve de nos mensonges, aux Éditions UPWAY, Roman situé entre Kinshasa et Brazzaville, Le Fleuve de nos mensonges explore l’amour, la trahison, les blessures intimes et la résilience. Le fleuve Congo y devient une frontière géographique et un symbole des liens, des silences et des destins qui unissent les deux rives.
Le Revers des réseaux sociaux aux Editions L’Harmattan-Paris
À travers ce roman, Armel Saint-Silvère Dongou interroge les effets du numérique sur les relations humaines. Les réseaux sociaux y apparaissent comme des espaces de connexion et d’expression, mais aussi comme des lieux de manipulation, d’illusion et de fragilisation de la confiance.
Armel Saint-Silvère Dongou est un écrivain et économiste congolais, praticien de la finance et observateur des transformations économiques, sociales et culturelles de l’Afrique. À travers ses romans, il explore les destins individuels, les mutations de la société et les tensions qui traversent le monde contemporain.