La 4e édition des Journées Ouest-Africaines de l’Audit Interne (JOAAI 2026) s’est déroulée à Lomé dans la capitale Togolaise du 23 au 25 septembre 2026. À l’occasion de cette importante rencontre, une voix d’expérience et d’autorité a particulièrement marqué les esprits. Venu du Sénégal, Mor Badiane Tine, président du Comité des Sages de l’Union des Instituts d’Audit Interne de l’Afrique de l’Ouest (UIAI-AO), est revenu sur le bond d’exigence sans précédent qu’a connu la profession sur le continent et a livré une feuille de route morale pour la nouvelle génération d’auditeurs.
Pour ce pionnier du secteur financier, le paysage de la gouvernance en Afrique de l’Ouest s’est profondément métamorphosé. Longtemps perçu comme une fonction de seconde zone ou cantonné à des tâches administratives d’inspection tardive, l’audit interne a rattrapé son retard historique sur les standards mondiaux à une vitesse remarquable.
« En termes d’audit interne, nous venons de très loin », a rappelé Mor Badiane Tine lors des travaux à Lomé. « Il y a encore une décennie, on ne pouvait espérer de tels progrès sur notre continent. Aujourd’hui, l’essor est indéniable au sein de notre Union sous-régionale, même si le chemin à parcourir reste important », s’est-il réjouit.
Cette dynamique s’inscrit dans un alignement direct sur les Global Internal Audit Standards (les nouvelles normes mondiales de l’IIA), un socle harmonisé qui dote les professionnels africains d’outils d’évaluation comparables à ceux des plus grands groupes internationaux.
Aimer la profession malgré les « coups de bâton et peaux de banane »
Fidèle à son rôle de guide spirituel et déontologique au sein de l’UIAI-AO (instance créée en 2022), Mor Badiane Tine s’est adressé directement à la jeunesse montante des contrôleurs, auditeurs et gestionnaires de risques. Il n’a pas manqué de dresser un tableau réaliste d’un métier exigeant, souvent exposé aux tensions politiques ou organisationnelles internes.
« La première chose que je recommande aux jeunes, c’est d’aimer ce métier. Ce n’est pas un parcours évident : l’auditeur reçoit régulièrement des coups de bâton et doit contourner les peaux de banane », a-t-il affirmé avec une lucidité bienveillante avant de préciser néanmoins que « c’est une profession passionnante, extrêmement formatrice, qui constitue un véritable tremplin de carrière ».
Compétence, certification et le devoir de « courage professionnel »
Au-delà de la maîtrise technique des processus et de l’obtention des certifications internationales indispensables pour rivaliser au plus haut niveau, Mor Badiane Tine insiste sur la dimension humaine et morale introduite par les évolutions normatives.
Parmi les piliers de la pratique professionnelle modernisée, le président du Comité des Sages met en avant un concept fondamental : le courage professionnel. Selon l’expert sénégalais, la maîtrise des tableurs, de la cybersécurité ou des algorithmes d’analyse reste inefficace si elle ne s’accompagne pas d’une intégrité sans faille.
Pour réussir et s’imposer comme un véritable pilier de la gouvernance publique et privée en Afrique, l’auditeur de demain doit conjuguer compétence technique, objectivité stricte, éthique irréprochable et audace face aux pressions.