Cotonou, la capitale économique du Bénin, a accueilli une rencontre d’envergure les 17 et 18 novembre 2025. Il s’agit du Sommet régional sur la transformation numérique en Afrique de l’Ouest et du Centre. Parmi les voix écoutées, celle du Dr. Boukar Michel, ministre des Télécommunications et de l’Économie numérique du Tchad, qui a partagé l’expérience de son pays tout en lançant un appel vibrant à la coopération et à la création massive d’emplois numériques.
Dans son intervention, le ministre tchadien a souligné l’importance de réunir les délégations d’Afrique centrale et d’Afrique de l’Ouest. Selon lui, les assises de Cotonou doivent permettre de connecter les deux régions par de grandes infrastructures transfrontalières pour améliorer concrètement la vie des populations africaines.
Il a rappelé que, malgré le fait que le continent compte près de 60 % de jeunes, l’Afrique de l’Est bénéficie déjà d’un taux de pénétration de la connectivité supérieur à celui de l’Afrique centrale. Le ministre a émis une mise en garde essentielle : on ne peut ignorer le volet énergétique, indispensable à l’employabilité et à la création de richesses. « Quand on parle d’intelligence artificielle et de connectivité, on oublie le côté énergie », a-t-il averti.
L’intelligence artificielle et l’AgriTech, des opportunités Majeures
Selon le Dr. Michel, l’intelligence artificielle (IA) représente une opportunité majeure, en particulier via les plateformes AgriTech. Ces outils permettent aux jeunes de produire et de commercialiser des produits maraîchers en ligne, ce qui génère directement emploi et richesse. « L’arrivée de l’intelligence artificielle se situe, à mon sens, au niveau des plateformes AgriTech », a-t-il insisté.
Le Tchad, un « hub numérique » sans Littoral
Le ministre a positionné le Tchad comme un « hub numérique naturel », stratégiquement situé au carrefour de l’Afrique de l’Ouest, du Nord, du Centre et de l’Est. Dépourvu d’accès direct à la mer, le pays a fait de la connectivité par fibre optique une priorité. Le Tchad est désormais relié au Cameroun et connecte d’autres pays voisins comme le Niger, le Soudan, et la Libye. Cette position stratégique a été saluée par la Banque mondiale, qui envisage d’ailleurs d’étendre le réseau fibre de l’Ouest vers l’Atlantique.
Par ailleurs, le Dr Boukar Michel a insisté sur le caractère stratégique et sécuritaire de la fibre optique. La construction de ces infrastructures représente une priorité nationale. “Toute attaque ciblant ces installations peut être considérée comme une déclaration de guerre, particulièrement dans le cadre de la cybercriminalité”, a-t-il affirmé en ajoutant que bien que des pannes techniques puissent survenir, une cyberattaque sophistiquée constitue une menace grave et délibérée à la sûreté nationale.
Il poursuit en indiquant que le pays dirigé par le Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno se distingue actuellement comme le seul en Afrique capable d’établir un réseau de fibres optiques interconnectant six régions clés à savoir : l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale, le Maghreb, l’Afrique de l’Est, sans oublier d’autres zones stratégiques. Cette connectivité favorise non seulement le développement économique et social, mais renforce également la stabilité sécuritaire de la région.
Il faut préciser que la priorité accordée au déploiement d’infrastructures en fibres optiques par l’État du Tchad n’est pas seulement une démarche de développement technologique, mais aussi un enjeu crucial de sécurité nationale. Et pour mieux assurer cette protection, il est indispensable de renforcer continuellement les mesures de cyberdéfense et de sensibiliser tous les acteurs concernés.
Pour rendre l’accès au numérique plus inclusif, le Dr. Boukar Michel a également annoncé des mesures concrètes de désengagement fiscal : la détaxation des terminaux mobiles et la suppression des droits d’assises de 18 % pour les consommateurs tchadiens, rendant ainsi les smartphones plus accessibles à la population.
À noter que le ministre n’a manqué de lancer un vibrant appel à multiplier les connexions par fibre optique pour réduire les coûts et répondre à la demande croissante de bande passante, notamment avec l’essor des plateformes sociales. Il a invité à une plus grande coopération transfrontalière pour faire de la fibre optique le vecteur d’un développement économique et social réellement inclusif en Afrique.